EHESS
Centre d'étude des normes juridiques «Yan Thomas»
L’objet de ce centre est de fédérer à l’école un certain nombre d’activités d’enseignement et recherche sur les rapports entre droit et sciences sociales. Il s’agit d’affirmer la capacité de notre établissement à élargir aux problèmes de la normativité juridique le champ des questions qu’il a vocation à définir. D’abord, en s’interrogeant sur les raisons pour lesquelles, en France particulièrement, les sciences humaines ont quelque difficulté à intégrer dans leurs analyses la logique propre aux institutions, c’est-à-dire à rendre compte de l’arbitraire et de l’artificialité de l’institué comme tel. Ensuite, en étudiant sur la longue durée les modalités selon lesquelles le droit tend à se constituer en système autonome par rapport à l’ensemble des autres champs du savoir: par rapport notamment à la religion, à l’éthique, et aux sciences de la société. Quels sont les voies, les techniques et surtout les effets de cette autonomisation croissante? Pour poser utilement de telles questions, le centre conçoit ses enseignements ou ses séminaires en étroite liaison avec les spécialistes d’autres disciplines, lorsqu’elles ont un intérêt particulier pour le droit. Pour autant, il n’est pas un lieu de recherche interdisciplinaire. Il a au contraire pour projet de définir le plus précisément possible les opérations disciplinaires qui opèrent dans le processus d’autonomisation du droit.
Les juristes associés dans ce centre partagent la conviction que l’étude de tels processus relève moins d’une histoire des idées et des discours, que d’une histoire des détours herméneutiques de la décision. Cette histoire met nécessairement en rapport, à l’intérieur d’une structure juridictionnelle et politique donnée, une casuistique sociale d’un côté avec une tradition textuelle normative de l’autre. Par rapport aux enseignements délivrtés dans les universités juridiques, le centre se distingue d’abord par une approche érudite et philologique des corpus envisagés comme des ensembles discrets (corpus du droit romano-canonique, corpus du jus europeanum classique, corpus su droit musulman); il se distingue ensuite par le tour casuistique de ses approches. Ce n’est pas la description d’ensembles institutionnels donnés qui nous intéresse, ni même les théories méta-juridiques élaborées pour rendre compte de l’unité de tels ensembles, mais les pratiques interprétatives liées aux questions qui surgissent du cas et qui mobilisent, au service de la décision, l’appareil des références textuelles reconnues comme légitimes.

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Dernière mise à jour : 19 janvier 2010